Au lieu de déjeuner avec nous, un de mes collègues s’éclipsait chaque midi des locaux pour revenir une heure après, frais comme un gardon et prêt à attaquer l’après-midi. Curieux, je me décide de lui demander, le sourire en coin, ce qu’il faisait à chaque pause déjeuner pour être aussi d’aplomb. « De l’escalade », me répond-il ! Il me confie l’adresse « Blocbuster, dans le quartier de Bécon, à la limite de Bois Colombes ». Avec une collègue, je décide de découvrir les secrets de sa vitalité.

La salle d’escalade a investi les anciens locaux de l’usine automobile Hispano-Suiza, à côté du Village Delage. On pénètre dans ce hangar qui abrite de vastes pans de murs de 4,5 mètres de hauteur, recouverts de prises colorées. Quelques grimpeurs, majoritairement des étudiants ou des travailleurs venus s’aérer l’esprit recherchent consciencieusement la meilleure prochaine prise.

« Avant, j’avais le vertige. J’ai découvert l’escalade et c’est une vraie activité physique » nous avoue Julien Kassubeck, qui a ouvert cette salle il y a 5 ans avec son frère et trois de ses amis. Bénéficiant d’un excellent bouche à oreille, la salle ne désemplit pas, le midi, le soir et le week-end.

« On propose de l’escalade sur piste, et non sur voie. » Les grimpeurs doivent suivre une piste de couleurs sur les murs pour procéder à leur ascension. « C’est beaucoup plus difficile que la montée sur voie parce qu’elle concentre les principales difficultés qu’on peut rencontrer en escalade : on est beaucoup plus actif ».

Chaque couleur s’inscrit dans un degré de difficulté : orange (enfant), jaune (débutant), vert (facile), bleu (moyen), rouge (difficile), violent (extrême). La difficulté est notamment accrue lorsque la piste s’incline, notamment celle proposée dans le « tunnel » qui reproduit près de 30 mètres de dénivelé. Pour ceux qui auraient déjà maîtrisé toutes les pistes, de nouvelles sont créées quotidiennement sur tout un pan de mur : le client régulier découvrira chaque jour des pistes inédites à explorer !

Mais « savoir escalader, c’est d’abord savoir tomber » nous explique Julien. En effet, contrairement à l’escalade sur voie, pas de sécurisation avec un baudrier mais un tapis de 40cm d’épaisseur installé pour amortir notre chute. D’où la nécessité de suivre une petite initiation en amont, proposée aux clients qui viennent la première fois. « Lors de cette initiation, on apprend à tomber correctement c’est-à-dire à ne pas tomber sur ses bras, ni sur ses jambes (risque de foulure) mais de tomber sur le dos ». Une fois cette règle maîtrisée, le grimpeur se sent plus libre de pouvoir escalader en toute sécurité.

Après avoir mis nos chaussons de grimpeurs, nous commençons avec une piste jaune, une facile pour commencer. Une fois arrivé à une certaine hauteur, Julien m’invite à tomber, mais de ne pas retomber sur mes jambes, ni sur les bras, mais bien sur le dos. La tentative d’amortir sa chute avec ses 4 membres est bien trop grande mais une fois qu’on franchit la barrière psychologique du « lâcher prise » et qu’on accepte de se laisser tomber « dans le vide », on n’a plus d’appréhension à grimper et explorer toutes les pistes.

Grisé par ma chute, je m’attèle à une nouvelle ascension.  Je m’attaque à une nouvelle piste : une jaune inclinée. La difficulté est nettement accrue : les muscles sont constamment sollicités (vive le gainage) et le sens de la gravité se retrouve perturbé. D’où la nécessité de ne pas paniquer au milieu d’une piste et de se relaxer au cours de l’ascension. Plus qu’une question de force, l’escalade est une affaire de mental.

Une fois la piste terminée, je prends mon courage à deux mains pour entamer une piste verte. Les prises sont nettement moins nombreuses et plus espacées. Trois paramètres sont rudement mis à l’épreuve : le sens de l’observation pour repérer les prises, la gestion de son corps dans l’espace pour s’assurer une bonne stabilité et la force physique pour avancer. Je ne vais pas vous mentir, je ne suis pas arrivé au bout de cette piste…

« Terminer une piste est extrêmement grisant » nous confirme Julien pour qui l’escalade constitue un véritable dépassement de soi. Au-delà de l’aspect physique, cette discipline se révèle être un exercice psychologique : on rencontre des obstacles, on apprend à les gérer, on chute, on se reprend et on parvient à dépasser ses limites. Et si jamais on rencontre des difficultés, on aura toujours des camarades grimpeurs pour nous aider : « ce n’est pas comme dans une salle de gym où on ne pense qu’à soi. Il y a une véritable convivialité entre les grimpeurs ». En effet, Blocbuster se veut être plus qu’une salle d’escalade et propose, avec son espace restauration, ses coins détente et ses événements, un vrai lieu de vie dont semble profiter sa clientèle d’habitués.