Du XIXe siècle à aujourd’hui, Courbevoie a inspiré plusieurs grandes figures de la littérature. De Victor Hugo à Georges Simenon, leurs œuvres apportent un témoignage sur l’évolution et l’histoire de la ville.
A quelques jours du Festival des Mots Libres, zoom sur ces ouvrages et auteurs, grâce aux recherches historiques de Meryl Bouffil, animatrice du patrimoine au musée Roybet Fould.

Guy de Maupassant (1850-1893)

Nouvelles qui citent Courbevoie : « Une Partie de campagne » & « En Famille » dans La Maison Tellier, 1881

C’est dans La Maison Tellier, recueil de nouvelles parues en 1881, que Guy de Maupassant cite Courbevoie à deux reprises. Dans « Une Partie de campagne » tout comme dans « En famille », c’est une ville champêtre que nous décrit l’auteur. Pourtant, il prend comme décor l’actuel quartier de La Défense mais à cette époque point de gratte-ciel ! On y trouve encore le rond-point de Courbevoie où le monument de Louis-Ernest Barrias représentant La Défense de Paris sera installé en 1883 et le tramway qui le reliait à l’Arc de Triomphe.

Carte postale 9FI/COU_239 – https://opendata.hauts-de-seine.fr

Georges Simenon (1903-1989)

Romans qui citent Courbevoie : Le Suspect, 1938 ; Le Chat, 1967

Ce très prolifique auteur belge rédigea au cours de sa carrière littéraire pas moins de 369 romans et des centaines de nouvelles. Il est à ce jour l’auteur belge le plus lu et traduit dans le monde (3500traductions en 47 langues). Beaucoup de ses romans policiers inspireront les cinéastes pour la télévision à commencer par les Maigret.
Courbevoie apparait pour la première fois dans son œuvre littéraire en 1938, dans Le Suspect. Ce roman policier raconte l’enquête menée par Pierre Chave, un anarchiste, qui souhaite à tout prix arrêter un attentat destiné à faire faire sauter une usine d’avions à Courbevoie.
Une nouvelle fois la ville l’inspire pour conter l’histoire d’un couple qui se livre une guerre froide dans Le Chat, roman psychologique parue en 1967. Il sera adapté au cinéma en 1971 par Pierre Granier-Deferre avec deux grands acteurs du cinéma français : Simone Signoret et Jean Gabin.

>> Pour découvrir l’univers de Georges Simenon, visitez l’exposition Maigret d’amuse à la BHVP du 1er avril au 29 juin 2019

Emmanuelle Bove (1898-1945)

Livre inspiré par Courbevoie : Bécon-les-Bruyères, éd. Émile Paul, 1927

« Vous ne connaissez pas Bécon-les-Bruyères ? Vraiment ? Comment ? N’avez-vous pas visité sa gare ? Et aussi… sa gare ! »
Emmanuel Bove, révélé par Colette, a connu le succès de son vivant, avant de tomber dans l’oubli et d’être redécouvert dans les années 1980. À la fin de l’année 1926, l’auteur s’est isolé à Bécon-les-Bruyères, au 16 rue Madiraa. En mai 1927 la revue Europe sollicite des auteurs renommés pour écrire sur de grandes villes. Tandis que Paul Morand s’intéresse à Toulouse ou André Maurois à Rouen, l’excentrique romancier réalise ce reportage ironique et poétique sur une ville qui n’existe pas. L’œuvre une fois publiée connue un grand succès, elle continue de fasciner les amateurs de littérature et d’inspirer les photographes comme Julien Brachhammer qui illustre l’ouvrage d’Emmanuel Bove de photomontages où l’auteur est mis en scène dans les rues du quartier.
Pour découvrir son travail : jbrkmr.net/beconlesbruyeresemmanuelbove/

CC-BY Julien Brachhamm

Philippe Delerm (1950)

Roman qui cite Courbevoie : Il avait plu tout le dimanche, 1998

Philippe Delerm est connu du grand public en 1997 pour son recueil de poèmes en prose La Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules. C’est l’année suivante qu’est publié le roman Il avait plu tout le dimanche qui décrit le quotidien d’un grand solitaire, M. Spitzweg, alsacien d’origine qui est venu s’installer à Paris. Sa relation avec sa collègue Clémence Dufour va le conduire en banlieue, à Bécon-les-Bruyères où elle habite. L’auteur nous décrit ainsi ses allers-retours entre Paris et Courbevoie, sa promenade au marché de Bécon-les-Bruyères et ne manque pas de mentionner l’existence d’une « frontière mentale entre Bécon et Courbevoie« .

Jacques Réda (1929)

Poèmes qui citent Courbevoie : « Bruyères à Bécon » et « La Défense » dans La Course – nouvelles poésies itinérantes et familières, 1993-1998

Poète, prosateur, chroniqueur de jazz, éditeur, de multiples sujets fascinent le romancier Jacques Réda. Mais sa grande source d’inspiration reste La ville. Ses poésies naissent de ses déambulations urbaines qu’il effectue à pied, en bus, en voiture voire en Solex. Deux quartiers de Courbevoie diamétralement opposé, Bécon-les-Bruyères et La Défense, sont les sujets de deux de ses poèmes.

« Vus du pont, entre Courbevoie et Levallois,
Ces bâtiments d’acier, de béton et de verre,
Surgis des plans d’un dieu méthodique et sévère,
Paraissent obéir à d’assez strictes lois« .

En 1993, l’ensemble de son œuvre est récompensé par le Grand Prix de l’Académie française.

Victor Hugo (1802-1885)

Monument à Victor Hugo par Casper visible sur le parvis de la bibliothèque principale

Ouvrage qui cite Courbevoie : Choses vues, 1887

Victor Hugo, en plus de son immense œuvre littéraire, a de 1830 à 1871 pris des notes d’observation sur la vie publique, politique et littéraire ainsi que sur sa vie privée. Une sélection de ces écrits a donné lieu à une première édition publiée de façon posthume, en 1887, intitulée Choses vues. Cet ouvrage est un précieux témoignage historique où Victor Hugo évoque la journée du 15 décembre 1840 où les cendres de Napoléon Ier débarquent à Courbevoie avant d’être transportées aux Invalides. Le 5 novembre 1847, le romancier évoque de nouveau notre commune en racontant l’idylle du duc d’Aumale (alors colonel à la caserne des Gardes suisses) avec mademoiselle Adèle Protat. Il continuera de se rendre à Courbevoie pour venir en aide à l’Orphelinat des Arts situé rue de la Montagne mais aucune trace écrite de ces visites n’a été retrouvée à ce jour.

 

Katherine Pancol (1954)

Katherine Pancol, marraine de la 10e édition du Festival des Mots Libres

Roman qui cite Courbevoie : Les Yeux jaunes des crocodiles, Albin Michel, Paris, 2006

La marraine de la 10e édition du Festival des Mots Libres est une romancière prolifique, auteure de dix-sept romans. C’est avec Les Yeux jaunes du crocodile, paru en 2006, qu’elle connait un immense succès. L’ouvrage sera vendu à près de deux millions d’exemplaires et traduit en 31 langues. Les héroïnes de ce roman sont deux sœurs que tout oppose : Joséphine et Iris. La première, chercheuse au CNRS, spécialisée dans l’étude du XIIe siècle, habite Courbevoie. Le roman sera adapté en 2014 au cinéma.

Louis-Ferdinand Céline (1894-1961)

Roman qui cite Courbevoie : D’un château l’autre, 1957, éditions Gallimard

Le célèbre auteur du Voyage au bout de la nuit (1932) est né le 27 mai 1894 à Courbevoie, au n°11 de la rampe du pont. Il s’agissait de la rampe permettant d’accéder au pont de Neuilly ce qui correspond aujourd’hui au quai Paul Doumer. Sa mère, Céline Destouches, tient depuis 1893 un magasin de mode. Par suite de mauvaises affaires, elle liquide son commerce et la famille s’installe à Paris en 1898. Le romancier n’aura vécu que 4 ans dans la commune mais ne manque pas de mentionner ses origines dans son roman D’un Château l’autre :
« Vous voyez ? La vallée de la Seine,…juste au-dessus de cette usine dans l’île, je suis né pas loin… je me répète… on répète jamais assez pour les durs têtus !… Courbevoie, Seine, Rampe du Pont »

Quai de Courbevoie, la rampe en aval du Pont INV : 90_7_20-1© Musée Roybet Fould, Courbevoie