Le Pavillon des Indes accueille depuis septembre 2019, un artiste en résidence : Florian Mermin. Né en 1991, Florian Mermin est diplômé de l’Ecole nationale supérieure des Beaux-arts avec les félicitations du jury et de l’Otis College of Arts & Design de Los Angeles. Il a reçu plusieurs distinctions dont le prix Sculpture / Installation des Beaux-arts de Paris en 2016 et le prix Kristal du salon de Montrouge. En 2019, il reçoit le soutien du Centre national des arts plastiques pour réaliser sa première exposition personnelle à la galerie Blackslash à Paris.
Pour le blog Courbevoie et moi, Florian Mermin a accepté d’ouvrir son atelier et de répondre à quelques questions.

Comment vivez-vous cette année en résidence au Pavillon des Indes ?

Florian Mermin : Je suis arrivé depuis septembre, cela fait un tout petit peu plus de cinq mois maintenant. L’accompagnement de la ville et la mise à disposition du Pavillon sont une chance pour mon travail. L’atelier est un espace de création où j’ai carte blanche pour développer ma pratique artistique. Pour l’instant, j’ai plutôt travaillé avec des matériaux que je n’utilisais pas auparavant, ou très peu, comme le cuir ou les textiles. Je vis l’atelier comme un lieu d’expérimentation aux possibilités nouvelles.
Je suis sculpteur, il n’y a pas un matériau plus qu’un autre qui m’intéresse particulièrement même si depuis 5 ans maintenant je crée plus de céramique. J’ai aussi travaillé le fer et le bois, des matériaux plutôt dits classiques, mais aujourd’hui par exemple je travaille sur des pétales de rose.
Cette année, l’atelier me permet donc d’intégrer de nouveaux matériaux dans mon travail.

Atelier de Florian Mermin au Pavillon des Indes de Courbevoie

Quels contacts et retours avez-vous eu lors des visites publiques de l’atelier ?

F.M. : J’ouvre mon atelier une fois par mois, un samedi après-midi pendant quatre heures. Les visiteurs sont curieux de découvrir le lieu que certains ne connaissent pas. C’est une occasion particulière de découvrir le contexte de la résidence et de créer un lien avec les habitants en leur montrant mes œuvres en cours de création. Le public est très varié : de jeunes enfants, des adultes…

La nature est très présente dans votre travail, la proximité avec le parc de Bécon est-elle source d’inspiration ?

Atelier de Florian Mermin au Pavillon des Indes de CourbevoieF.M. : Le parc de Bécon a été pour moi une motivation quand j’ai postulé à l’appel à candidature. Je trouve intéressante la localisation de l’atelier par rapport au parc. Je l’ai arpenté souvent même si je passe l’essentiel de mes journées dans l’atelier. Mon projet était de créer une sorte d’herbier géant, même ce n’est pas un herbier au sens littéral mais quelque chose de plus métaphorique, une évocation.
Je n’ai pas encore eu l’occasion de tirer parti du parc mais c’est quelque chose que je vais développer dans les mois à venir. Instinctivement, la vue que j’ai depuis la porte de l’atelier – ces arbres et ces troncs qui me font face, un peu comme un éventail – est une image que vais intégrer à mon travail.
Atelier de Florian Mermin au Pavillon des Indes de CourbevoieL’idée de la nature s’intègre aussi, par exemple, dans le sac en cuir que j’ai réalisé avec des motifs végétaux inspirés de fleurs que j’ai transformés. Cela pourrait être un herbier en soi même s’il n’en a pas la forme traditionnelle. Je travaille actuellement avec des pétales de rose que je suis en train de faire sécher et qui vont devenir quelque chose d’autre.
Ce sont de petites choses qui m’inspirent, de l’ordre du hasard ou de rencontres insoupçonnées avec une toile d’araignée, un papillon

La ville de Courbevoie est-elle aussi une source d’inspiration ?

F.M. : Je ne connaissais pas particulièrement la ville. Je l’ai découverte lors de la visite de l’appel à candidature. On a visité les espaces culturels et les équipements de la ville. Concrètement, mon inspiration ne vient pas directement de la ville mais de ce qui s’y passe, de la vie de tous les jours. Il n’y pas une ville qui m’inspire plus qu’une autre, ce sont plutôt des situations. J’ai tout de même remarqué la porte tournesol art nouveau de Courbevoie qui est magnifique. Je me sens familier de la poésie qu’elle génère.
J’ai aussi fait le tour des architectures anciennes de Courbevoie, cela n’a pas encore donné quelque chose de concret mais peut-être que, dans deux ans, je vais me rappeler d’un motif vu sur une corniche en métal, un garde-corps. Là aussi, il y a des motifs végétaux qui se déploient. J’ai souvent le nez en l’air quand je me balade dans la ville pour regarder les bâtiments, les ornements ou les carreaux de céramique parfois disséminés dans les façades.

Entre sculpture, céramique et installation, pouvez-vous expliquer votre démarche artistique ?

F.M. : J’ai un rapport important à l’objet. Je travaille avec mes mains, je ne suis pas peintre, ni vidéaste, ni photographe. Par cette « détermination », le rapport au toucher est primordial. C’est un contact direct avec ce qui nous entoure, juste la matière, cela peut être la céramique ou un tronc d’arbre que je vais toucher et qui va développer quelque chose d’autre.
C’est une démarche centrée vers l’objet. J’aime particulièrement faire parler les objets et développer leur potentiel narratif. Cela participe presque à de la magie quand un objet inanimé peut provoquer et interroger. On pourrait aussi penser que certains objets vont se renfermer à un moment. J’aime créer ce genre de piège visuel.
Dans ma démarche, l’un des premiers pas vers la création artistique se manifeste par la sculpture : sa création, son concept et sa réalisation. Souvent, la question du socle se pose quand la pièce est terminée, il doit se concevoir comme une sorte d’extension dans un rapport formel avec l’objet créé.
Ensuite, le temps de l’exposition rajoute encore une couche de sens puisque l’œuvre entre en relation directe avec le public et avec un espace particulier. Pour moi présenter un objet sur un socle avec les gens qui tournent autour, ce n’est pas vraiment ce qui m’intéresse.
Je cherche avant tout à créer une expérience. Quand j’en ai la possibilité dans une exposition personnelle, j’essaye d’intégrer le spectateur dans le travail presque au même titre qu’une de mes sculptures.
Par exemple, lors de la Nuit Blanche qui s’est passée dans l’atelier, j’ai présenté trois sculptures, trois silhouettes. J’ai complètement transformé cet espace avec des rideaux, une bande-son de musique classique choisie en lien avec les dates historiques du pavillon, de l’écorce de cacao au sol… J’aime solliciter la personne qui va entrer dans l’espace pour qu’elle vive une situation qui peut être soit en décalage, soit en accord total avec le lieu. Il y avait aussi quelque chose de théâtral. L’idée est de poser des questions sur l’endroit dans lequel on se trouve et sur la place que l’on peut trouver dans la société en s’échappant du réel. Je souhaite créer des brèches où il est permis de rêver et de vivre des choses différentes du quotidien.

Atelier de Florian Mermin au Pavillon des Indes de Courbevoie

Lors des expositions, êtes-vous attentif à la réaction du public ?

F.M. : Je suis assez distant mais j’observe. C’est important de savoir comment le public a perçu l’exposition. Parfois des gens se sentent oppressés, et d’autres pas du tout. Je suis particulièrement attentif aux réactions des enfants vis à vis de mes propositions car ils ont rapport très spontané.
Cela rappelle aussi des souvenirs personnels, une odeur ou une couleur, c’est très subjectif. Il y a autant de manière de voir ma pièce que de personnes qui la regardent. Les gens ne voient pas tous la même chose et c’est ce qui m’intéresse.

www.florianmermin.com

Les dates des prochaines ouvertures de l’atelier :
Samedi 28 mars de 14h à 18h
Samedi 4 avril de 14h à 18h (Printemps des artistes)
Dimanche 5 avril de 14h à 18h (Printemps des artistes)
Samedi 25 avril de 14h à 18h (Printemps de la sculpture)
Dimanche 26 avril de 14h à 18h (Printemps de la sculpture)
Samedi 2 mai de 14h à 18h